La médecine Touareg est composée de plusieurs éléments :
la médecine des humeurs vient des Arabes et avant même de Platon. Elle est en relation avec les quatre éléments qui sont mis en dualité (chaud/froid – sec/humide).
la médecine prophétique en relation avec les bons et mauvais démons ( les djins) .
la médecine magique arabe ( celle du pouvoir des chiffres et des lettres) .
la sorcellerie Touaregue notamment avec le culte de la lune .
les pratiques de transe (venant des anciens esclaves noirs) .
les plantes médicinales et l'alimentation en relation avec les humeurs .
l'utilisation de talismans (souvent en prévention).
Dans leur vision du monde ou celle de l'homme, une opposition entre deux éléments est omniprésente. Cette dualité, élément structurel de l'équilibre, se matérialise quand il s'agit du corps humain par une opposition entre les éléments physiques (chaud et froid) et, sur le plan surnaturel, par une dualité entre Dieu et les divinités païennes.
La conception du monde des Touaregs apparaît dans un texte recueilli par J. Drouin qui distingue trois mondes : le fond de la terre, domaine des génies, la surface de la terre et le monde divin céleste. Les génies peuvent faire surface par les orifices des puits ou des terriers et élisent domicile dans des lieux bien connus, en particulier certains arbres. Il existe un équilibre entre le soleil et la lune, entre le monde sacré du jour et le monde profane, sous la terre, nocturne, froid, peuplé de génies et d'infidèles. Les étoiles peuplent le monde souterrain avec la lune et constituent un monde symétrique et parallèle à celui des humains. Pour les Touaregs, les étoiles représentent des animaux ou leurs doubles ou l'incarnation de leurs âmes après la mort. L'apparition des constellations annonce les saisons et les périodes fastes et néfastes du calendrier. Les génies peuplent le monde souterrain et la partie sauvage du monde terrestre. Avec l'avènement de l'islam, une bipolarité du monde s'installe entre Dieu et Iblis.
| DIEU |
IBLIS |
Soleil
Chaud
Jour
Feu divin
Monde divin pur |
Lune
Froid
Nuit
Feu enfer
Monde sous-terre impur |
Dans leur vie quotidienne, les Touaregs obéissent à des interdits pour se protéger contre les génies. " L'opposition binaire sacré / profane, qui domine la représentation du monde, se traduit, sur le plan de la représentation de la personne et des rapports avec les autres (…), par une dualité pur / impur, largement marquée par l'islam, et qui est souvent nommée : dualité chaud / froid. " L'humide est confondu avec le principe froid et le sec avec le principe chaud, ce qui réduit à l'opposition chaud / froid la division du corps (le haut chaud, victime des maladies chaudes, et le bas froid, atteint par les maladies froides). Les orifices naturels, ceux du haut comme ceux du bas, peuvent être utilisés par les génies pour pénétrer le corps humain et provoquer des maladies organiques ou mentales : l'usage du voile de tête et du pantalon répond à une protection contre les génies. Il faudrait analyser tous les développements sur les parties du corps, sur les organes caractérisés par le chaud et par le froid. Les concepts chaud et froid dépendent aussi de la classe d'âge et des phases physiologiques du corps humain ; ils interviennent également dans les rapports entre les classes sociales.
La conception de la maladie est très complexe, en raison de deux conceptions qui se mêlent. La première, d'origine grecque, fondée sur les quatre humeurs, à l'origine de la médecine arabe, est arrivée en Afrique du Nord avec les conquérants musulmans. Cette médecine met en évidence les causalités naturelles de la maladie. La seconde est une conception médicale, " liée à la conception du monde et de la personne humaine, fondée sur la dualité entre les forces surnaturelles, dont le conflit et ses effets se traduisent dans le monde sur terre par une opposition entre le chaud et le froid. " La conception du traitement " est un imbroglio d'enchevêtrements et de chevauchements de pratiques aussi diverses dans leurs concepts que ceux qui les exercent. " Cela permet de faire un classement en chaud et froid des principaux traitements. On passe ensuite aux médications liées à l'enseignement prophétique et enfin aux talismans qui sont les traitements préventifs les plus répandus dans le monde touareg.
Jacques HUREIKI a écrit un très bon livre intitulé, Les médecines touarègues aux éditions Karthala www.karthala.com
La confrérie des Gnaoua Devenue le phénomène "folk" par excellence, la musique gnaoua fait letour du monde, et l'on voit toute sorte de fusion musicale basée sur ses rythmes envoûtants. Mais on ne se saurait se limiter uniquement à l'aspect musical des gnaouas. Gnaoua étant un terme générique qui regroupe plusieurs aspects de la "culture" gnaoua : la confrérie, l'héritage africain, berbère et arabo-musulman, et puis la transe thérapeutique pratiquée dans le cadre du rite de possession (possession par les mlouks ou jnouns) ou "lila de derdeba".
Le terme gnaoua désigne de manière générale tous les anciens esclaves d'origine africaine. Il faut préciser cependant qu'ils n'appartiennent pas tous à la confrérie des gnaoua. Au Maroc, les gnaoua se répartissent en deux catégories : les gnaoua des villes impériales qui célèbrent le rite de possession, la "derdeba", et dont l'instrument principal est le guenbri, et les gnaoua des pays berbères, que l'on désigne par les termes de Abid Lala Krima. Ces derniers utilisent des tambours (ganga) et des crotales (qraqeb ou qraqech) en fer pour leurs tournées aumônières et pendant la réunion de leurs adeptes où se produisent des transes. Mais ils n'organisent pas de rite de possession selon le modèle gnaoua des anciennes villes impériales. Une zaouia est un centre religieux et spirituel délimité dans l'espace. Il est généralement fondé par un saint (wali ou saleh) qui dans certains cas est le maître spirituel d'une confrérie. Cet espace est constitué par un sanctuaire où se trouve le tombeau du saint et des dépendances qui servent à recevoir les pélerins et parfois à dispenser l'enseignement des sciences religieuses et juridiques. Les gnaouas disposent actuellement d'une seule zaouia disposant d'un sanctuaire, située à Essaouira : La zaouia Sidna Boulal (boulal étant l'appellation locale de Bilal). Il existe par ailleurs, dans d'autres villes du royaume (notamment à Marrakech, Salé, Fès, Casablanca ou Tanger) des "maisons", célèbres par les voyants et médiums de la confrérie qui y officient, et considérées comme des zaouias par les membres et adeptes à défaut de l'existence d'une zaouia instituée officiellement.
Tous les gnaouas , qu'ils soient berbèrophones ou issus des villes, reconnaissent Sidna Bilal comme ancêtre. Sidna Bilal fut le compagnon du Prophète. Originaire d'Ethiopie, il est né en esclavage à la Mecque. On lui attribue le mérite d'être le second adulte, après le premier calife Abou Bakr Essidiq, a avoir embrassé l'Islam. Affranchi par Abou Bakr, il émigra à Médine avec la Prophète et l'accompagna dans toutes les opérations militaires. Il fut aussi le muezzin officiel dès que l'appel à la prière fut institué en l'an un de l'hégire. Il serait enterré à Alep en Syrie, ou à Damas. Les gnaoua se réclament de Sidna Bilal comme de leur ancêtre spirituel auquel ils font remonter leurs pratiques.
Les saints Les gnaoua, et notamment les voyantes-thérapeutes affiliées à la confrérie, entretiennent des rapports étroits avec des saints locaux pour bénéficier de leur appui, et dans certains cas, pour réunir les objets qui servent à la divination instrumentale et à la célébration du rite de possession. Comme certains saints de l'Islam, notamment Moulay Abdelkader Jilali, un soufi du XII siècle, ils sont invoqués lors du rite de possession. Les gnaoua ne disposent pas d'un lieu saint où serait enterré leur maître fondateur auquel ils peuvent se rattacher suivant le modèle des confréries religieuses appartenant au soufisme. Ils ont donc élu dans toutes les villes du Maroc des saints et des sanctuaires où ils se rendent en pélerinage, soit une fois par an, soit dans un but initiatique et thérapeutique. Ils participent également aux cérémonies religieuses des Aissaoua et des Hmadsha organisées dans leurs zaouias respectives.
Les voyantes-thérapeutes Certaines femmes de la confrérie gnaoua, et en moins grand nombre certains hommes ont une activité professionnelle que l'on désigne en général par la notion de voyance. Mais cette notion n'est pas précise. Il faut en distinguer : - Ceux ou celles qui, selon la tradition africaine des gnaoua, sont des voyants-médiums appelés tallaâ pour les hommes, et tallaâte pour les femmes (au féminin singulier : Tallâa); terme qui implique l'idée de monter -tlaâ- et désigne celui ou celle qui "fait monter les mlouk". Autrement dit, qui fait appel à la transe médiumnique pour pratiquer la divination pendant laquelle l'entité surnaturelle alliée (malk) monte en elle et parle par sa bouche;
- Ceux ou celles qui pratiquent seulement la "divination par manipulation" d'objets divers et n'entrent pas en transe au cours des consultations : ce sont des voyants (chouwaf) et voyantes (chouwafates).
Une voyante-thérapeute est en mesure d'identifier les mlouk et de reconnaître leurs demandes par des procédés divinatoires de type instrumental.
Les musiciens ou maâlmine
Les pratiques rituelles, initiatiques et thérapeutiques des gnaoua sont animées et conduites par deux catégories d'intervenants qui sont les principaux membres de cette confrérie : les maîtres musiciens appelés maâlmine (maâlem au singulier) et leurs troupes, et les voyantes-thérapeutes précédemment citées.
Le maître musicien est le chef de sa troupe. celle-ci se compose généralement de six à dix joueurs de crotales, d'un chanteur et diseur de paroles appelé harkssou, d'un moqaddem qui sert de liaison entre les musiciens et les commanditaires d'une célébration rituelle et d'un autre personnage important appelé zoukay qui a pour rôle d'assister le maâlem et les joueurs de crotales, la voyante-thérapeute ainsi que les danseurs pendant le rite de possession. Le maâlem anime les rites de possession organisés par les voyantes-thérapeutes de la confrérie et il les assiste dans la préparation des accessoires rituels, notamment à la veille de cette cérémonie rituelle. Il doit, en outre, savoir immoler l'animal sacrificiel prévu pour la célébration du rite de possession. Actuellement, certains maitres musiciens de la confrérie sont solllicités pour participer à des concerts de jazz, ou bien pour faire des enregistrements pour des maisons de disques. Cette nouvelle activité, strictement musicale, s'ajoutant à leur métier d'animateurs de rites de possession, est légitime puisqu'ils disposent d'un répertoire pour le divertissement. L'acquisition du statut de maâlem se fait selon différents modes où interviennent : l'héritage, l'élection, la vocation, l'apprentissage, l'initiation et, enfin, la consécration.
Les mlouks
Les termes de malk (singulier) et mlouk (pluriel) désignent les entités surnaturelles invoquées par les gnaoua dans leurs pratiques rituelles, thérapeutiques et divinatoires. Le terme malk désigne une propriété au sens foncier du terme.
Pour tous les membres et adeptes de la confrérie, les mlouk sont de nature djinnique. Ils sont répartis en mhalla (mhalate au pluriel), terme qui désigne un bataillon ou cohorte de soldats. Le maâlem appelle les mlouk à l'aide de son guenbri, par des devises chantées et en brûlant des encens pour les inviter à venir se présenter dans l'aire (arrahba) réservée aux danses de possession.
Les mlouk sont de sexe masculin ou féminin et sont soit musulmans soit juifs. Leur couleur correspond à leurs origines. On distingue : les mlouks de la mer (bahriyin ou moussaouiyin) auxquels on attribue le bleu clair; les célestiens (samaouiyin), ont pour couleur le bleu foncé; les mlouk de la forêt (rijal el ghaba), originaires d'Afrique, ont pour couleur le noir tout comme les mlouk appartenant à la cohorte de Sidi Mimoun, enfin les mlouk rouges (al homar), liés au sang et qui hantent les abattoirs, ont pour couleur le rouge. Le blanc et le vert, couleurs symboles de l'Islam sunnite, sont réservés aux saints invoqués, notamment Moulay Abdelkader Jilali et les Chorfa. Aux mlouk féminins sont attribuées trois couleurs : le jaune pour la coquetterie de Lala Mira, le rouge pour Lala Rkia pour sa capacite à guérir la ménoraggie et le noir pour Lala Aicha Kendisha à cause de son origine soudanaise. Les mlouks juifs qui sont parfois invoqués après la cohorte des mlouk féminins ont la couleur noire. Des fumigations d'encens de différents parfums accompagnent les invocations de ces mlouks, avec une préférence cependant pour le benjoin ou jaoui (dont le nom provient de lait de Java ou labane Java). Ses variétés de couleur blanche, noire et rouge correspondent aux identités chromatiques précédemment citées.
La lila de derdeba ou rite de possession La cérémonie des gnaoua se développe dans l'espace d'une nuit. On la désigne par le terme lila (la nuit). Son rituel comporte trois grandes phases : lâada (la coutume) , les kûyû, et la partie sacrée de la lila. ou invocation des mlouks.
Lâada : c'est une processsion haute en couleurs, un véritable spectacle musical. Il désigne le cortège qui précéde la partie sacrée de la lila. Vers minuit, les invités et les adeptes, puis le maître musicien sortent du domicile de la cliente et se dirigent vers la place du quartier en chantant, au son des tambours et des crotales. Cette procession n'est pas le propre des gnaoua, les autres confréries défilent de la même manière.
Les kûyûs : C'est une série de danses effectuée par les musiciens de la troupe. Ce n'est pas encore de la transe, mais un jeu préliminaire, une préparation. On invoque Allah, Lala Fatima, la fille du prophéte, puis on prie pour les las anciens maâlmine des gnaoua et les voyantes-thérapeutes décédées.
La partie sacrée de la lila : On commence par invoquer le Seigneur Dieu (rabbi moulay) et le prophète Mohammed. C'est l'ouverture du rite de possession. On invoque ensuite les saints et les mlouk en brûlant leurs encens , puis en chantant leurs devises. Chaque cohorte a un encens particulier, une couleur spécifique et plusieurs devises chantées et jouées sur un rythme spécifique. Le moment venu, on fera respirer l'encens saux adeptes qui entrent en transe, puis ils seront revêtus des tunques et voiles dont la couleur corepond aux mlouk qui se manifestent à ce moment-là. L'adepte en qui monte la transe se dirige d'abord vers le maâlem et se prosterne debvant lui en croisant les bras. Un attitude qui signifie sa "soumission" (taslim) aux mlouks. On lui fait respirer l'encens correpondant au Malk invoqué, puis il commence la danse de possession
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